
Les pétrels des neiges, les skuas et les manchots Adélie sont partis
depuis plusieurs semaines vers le Nord, fuyant l'hiver rigoureux, le
blizzard, les tempêtes et la banquise. Ils reviendront l'été prochain
sur l’archipel de Pointe Géologie pour s'y reproduire. Une seule
espèce animale ose affronter les basses températures et les vents
violents de l'hiver austral : l'impérial manchot empereur (en plus de
quelques rares hominidés bien emmitouflés, ou bien au chaud derrière
une fenêtre dès que le vent souffle un peu trop fort).
Les manchots (famille des Sphéniscidés) sont des cousins des Pétrels
et des Albatros, bien qu'ils ne volent pas. Sur les 17 espèces de
manchots (qui vivent toutes dans l'hémisphère Sud), seules 2 se
reproduisent sur les côtes Antarctiques (hors péninsule) : le
manchot Adélie (l'été) et le manchot empereur (l'hiver).
Parlons des manchots empereurs justement… La population totale était
estimée à 220 000 couples dans les années 90, répartis dans une
cinquantaine de colonies. À Dumont d'Urville, on recense actuellement
près de 3000 couples.
Quelques données sur les empereurs :
Ces grands oiseaux (ils mesurent un mètre) se reproduisent tous les
ans en pondant un unique oeuf au mois de mai, après une période de
pariade et d'accouplement durant le mois d'avril. C'est le mâle qui
assure la totalité de l'incubation de l'oeuf (65 jours) pendant que
la femelle part en mer se nourrir jusqu'au mois de juillet. Le
poussin est thermiquement indépendant de ses parents à partir du mois
d'août. Il est nourri par ses deux parents jusqu'au mois de décembre,
date à laquelle il partira en mer pour ne revenir sur la colonie que
quelques années plus tard (les empereurs sont mâtures à l'âge de 5
ans, et les premiers retours sur la colonie se font dès l'âge de 4
ans). Les empereurs peuvent vivre jusqu’à une trentaine d’années.
Ils plongent pour pêcher du krill et des petits céphalopodes jusqu’à
50 mètres de profondeur en moyenne, pendant 15 à 20 minutes (record
enregistré à plus de 500 mètres).
Les mâles et les femelles ont un chant différent (le chant de la
femelle est plus saccadé), ils sont aussi distinguables au début de
la saison de reproduction par leur poids, les mâles pesant 40 à
45kg alors que les femelles n'en font que 30 en moyenne.
Ces oiseaux de l'extrême sont parfaitement adaptés au milieu dans
lequel ils vivent. Leur plumage en "double couche", avec une coque
externe pour l’isolation mécanique et du duvet pour l'isolation
thermique, leur permet de minimiser leur consommation d'énergie : ils
ont un métabolisme minimal à une température de -10°C (25°C pour un
homme nu). Le comportement de « thermorégulation sociale » mieux
connu sous le nom de "tortue" (les manchots se serrent les uns aux
autres) est également source d’économies d’énergie quand les
températures sont basses et les vents forts. Une tortue dure en
moyenne 1h30 à 2 heures, elle se disloque alors que les températures
en son cœur peuvent atteindre 37°C.
La colonie de manchots empereurs de Dumont d'Urville fait partie
d'une Aire Spécialement Protégée de l’Antarctique (ASPA n°120).
L'accès à la colonie et l'approche des manchots sont restreints à des
travaux scientifiques soumis à autorisation. Mais les empereurs sont
curieux, il est fréquent de voir des petits groupes s'approcher à
quelques mètres de nous, nous invitant à les voir d'un peu plus près.
Qui a dit que la curiosité était un vilain défaut ?














